Vladimir Poutine pourrait chercher à éprouver frontalement la solidité de l’Otan. C’est l’hypothèse désormais sérieusement envisagée par les services de renseignement américains, selon des informations révélées ce vendredi 7 août par le Wall Street Journal. D’après le quotidien américain, plusieurs scénarios sont étudiés, d’une cyberattaque contre un Etat membre jusqu’à une incursion terrestre de faible ampleur sur le flanc oriental de l’organisation, qui concernerait donc un pays de l’Europe de l’Est. Un changement notable dans l’analyse de Washington : jusqu’à récemment, les Etats-Unis estimaient que le dirigeant russe éviterait de provoquer directement l’Otan tant que la guerre en Ukraine se poursuivrait.
Cette appréciation aurait évolué au cours de l’année, ont expliqué plusieurs responsables américains au Wall Street Journal. Les services de renseignement examinent désormais la possibilité d’une action russe entre cet automne et 2029. Le scénario le plus grave, celui d’une «incursion terrestre limitée» sur le territoire d’un pays allié, reste considéré comme peu probable. Mais son risque augmenterait avec le temps. «L’envoi de groupes armés sans signes distinctifs chargés de prendre le contrôle d’une portion de territoire», est également envisagé.
Des incursions qui inquiètent les alliés
Cette nouvelle analyse intervient alors que plusieurs incidents récents ont ravivé les inquiétudes sur le flanc oriental de l’Otan. Le 30 juillet, Varsovie a accusé Moscou d’être à l’origine d’un missile tombé dans un champ à Tarnawa-Kolonia, dans l’est de la Pologne, à environ 80 kilomètres de la frontière ukrainienne. L’explosion n’a fait aucun blessé mais a creusé un cratère d’une dizaine de mètres de diamètre. Après la découverte de débris, le Premier ministre polonais Donald Tusk avait affirmé que les premiers éléments indiquaient qu’il s’agissait d’un missile de croisière russe Kh-101. Il avait cependant précisé qu’aucun élément ne permettait de penser que la Pologne avait été directement visée. L’Otan avait dénoncé une violation de l’espace aérien polonais et assuré qu’elle continuerait à prendre les mesures nécessaires pour défendre son territoire.
La Roumanie a elle aussi été confrontée ces derniers mois à plusieurs incursions de drones. Après en avoir abattu trois en trois jours, Bucarest a décidé lundi 27 juillet d’expulser un membre de l’ambassade russe. Des fragments d’un drone Shahed, modèle utilisé par l’armée russe contre l’Ukraine, avaient notamment été présentés à l’ambassadeur de Russie. Moscou avait rejeté ces accusations, les qualifiant d’«infondées».
Pour les responsables américains cités par le Wall Street Journal, ce type d’événements alimente la crainte que Moscou ne cherche progressivement à sonder les réactions de l’Alliance. Une incursion militaire poserait immédiatement la question de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, qui prévoit qu’une attaque contre un Etat membre est considérée comme une attaque contre l’ensemble des alliés. La situation serait en revanche plus ambiguë face à une opération hybride ou cyber, pour laquelle la nature et l’ampleur de la réponse collective seraient moins évidentes. Selon les responsables américains interrogés par le quotidien, l’un des objectifs de Vladimir Poutine pourrait précisément être de mettre à l’épreuve cette solidarité et de provoquer des divisions au sein de l’Alliance.
Le stock de munitions américaines au bord de l’épuisement ?
Reste une inconnue majeure : la réaction des Etats-Unis de Donald Trump en cas d’attaque contre un allié européen. Cette interrogation prend d’autant plus de poids que Washington s’inquiète parallèlement du niveau de ses stocks de plusieurs armes jugées essentielles en cas de conflit avec la Russie ou la Chine. D’après nos confrères américains, les transferts massifs de matériel vers l’Ukraine depuis l’invasion russe, puis les dépenses liées au conflit avec l’Iran, ont fortement sollicité certaines réserves américaines. Sont notamment concernés les missiles à longue portée Precision Strike Missile, les Army Tactical Missile Systems et les missiles sol-air Stinger. Les stocks de plusieurs systèmes de défense aérienne, parmi lesquels les intercepteurs Patriot, SM-3 et THAAD, seraient également sous tension. Une pénurie largement démentie par le Pentagone.
Les estimations d’experts alimentent néanmoins les interrogations. Un rapport récent du Center for Strategic and International Studies consacré aux sept principales catégories de munitions employées dans la guerre contre l’Iran estime que les Etats-Unis auraient utilisé entre 1 060 et 1 430 missiles Patriot. Dans l’hypothèse la plus basse retenue par ses auteurs, il n’en resterait plus qu’environ 870 dans les stocks américains. Une contrainte supplémentaire au moment où Washington envisage désormais qu’un autre front, cette fois aux portes de l’Europe, puisse un jour s’ouvrir.