A l’issue du sommet de l’OTAN à Ankara (Turquie), le 8 juillet 2026, Donald Trump a embarqué à bord de Air Force One, avant d’en sortir clandestinement et à l’abri des regards pour gagner un avion militaire. ANNA MONEYMAKER / GETTY IMAGES VIA AFP
Pendant plus d’un mois, l’opération d’exfiltration du président des Etats-Unis est restée confidentielle. Le 8 juillet 2026, à l’issue du sommet de l’Otan en Turquie, Donald Trump s’est rendu sur le tarmac de l’aéroport d’Ankara pour rejoindre le Royaume-Uni. Mais son trajet a été modifié en urgence pour des raisons de sécurité. Révélée le lundi 11 août par le « Washington Post » et le « New York Times », la manœuvre clandestine menée par le Secret Service et l’armée américaine a été confirmée le lendemain par le chef d’Etat lui-même.
S’adressant aux journalistes mardi 11 août au soir lors d’un déplacement près de Washington, Donald Trump a assuré avoir suivi les consignes de ses équipes de sécurité : « Ils voulaient me mettre dans un autre vol, dans un autre avion, avec la même sécurité, ils voulaient que je le fasse, donc je l’ai fait. » Interrogé sur la nature exacte du danger, il est resté vague : « J’imagine qu’il y avait une menace. Je n’en ai pas demandé beaucoup plus. »
Selon les médias américains, citant des responsables anonymes, le stratagème visait à dissimuler la localisation du président face à un risque d’attaque par missile. CBS News mentionne la détection par Washington d’une menace iranienne crédible ciblant l’avion présidentiel. Le « New York Times » rapport qu’un individu équipé d’un missile sol-air portable avait été repéré près du lieu où se tenait le sommet de l’OTAN. Le « Wall Street Journal » affirme pour sa part que les services israéliens avaient averti Washington d’un risque de tir contre l’appareil.
Un conteneur pour quitter Air Force One
Donald Trump devait initialement quitter Ankara à bord du Boeing 747-8 offert par le Qatar, le même utilisé à l’aller. Mais la Maison Blanche a changé ses plans à la dernière minute au profit de l’ancien modèle d’Air Force One, aux teintes bleue et blanche, présenté comme offrant des garanties de sécurité plus adaptées. Sur son réseau Truth Social, le président avait publiquement motivé ce changement par des raisons de… nostalgie.
Le 8 juillet, Donald Trump est monté à bord devant les caméras. Selon la presse américaine, il est ensuite ressorti discrètement par une porte située de l’autre côté de l’appareil. Caché dans un conteneur de ravitaillement monté sur un camion, il a été conduit vers un C-32A de l’US Air Force, version militaire du Boeing 757 réservé aux hauts responsables américains.
Air Force One, le 8 juillet, sur le tarmac de l’aéroport d’Ankara. WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES VIA AFP
L’appareil a décollé sous l’indicatif militaire « Reach 18 » avec ses transpondeurs de géolocalisation désactivés, après que le ministre de la Défense, Pete Hegseth, est monté à bord. Divers éléments matériels enregistrés le jour même concordent avec la description de ce transfert. Une photographie de l’AFP montre deux conteneurs de ravitaillement hydrauliques positionnés à l’avant et à l’arrière d’Air Force One. Une séquence vidéo atteste du déplacement d’un camion de ravitaillement s’éloignant de l’avion présidentiel pour rejoindre un appareil plus petit stationné en retrait.
Air Force One transformé en leurre
L’avion dans lequel Donald Trump a été filmé, a, lui, décollé d’Ankara avec notamment le secrétaire d’Etat Marco Rubio, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, des conseillers ainsi qu’une douzaine de journalistes composant le pool de la Maison Blanche. Installés dans une cabine séparée de l’espace présidentiel, ceux-ci ignoraient son absence. Pour entretenir le subterfuge, le vol leurre a maintenu l’indicatif « Air Force One », tandis que le C-32A abritant le président volait sous le code « Reach 18 », selon la presse américaine.
Le Secret Service a également demandé aux journalistes de garder les stores des hublots baissés, une consigne inhabituelle en dehors des théâtres d’opérations militaires. Un rapport de l’Association des correspondants de la Maison Blanche indique qu’un photographe du pool ayant soulevé son store s’est vu sommer immédiatement de la refermer par un agent de sécurité.
Le dispositif s’est poursuivi jusqu’à une escale sur la base militaire britannique de RAF Mildenhall, dans l’est de l’Angleterre. Arrivé à bord du C632A avant le vol leurre, Donald Trump a discrètement regagné l’ancien appareil présidentiel. Il est ensuite descendu de la passerelle de cet avion devant le pool de presse, maintenant l’apparence d’un trajet continu depuis la Turquie, avant d’embarquer immédiatement dans le Boeing 747 qatari pour achever son voyage vers Washington.
Une menace iranienne
Devant la presse, mardi 11 août, Donald Trump n’a pas explicité la nature précise de la menace : « Je suis l’objet de beaucoup de menaces dont vous n’avez pas connaissance », a-t-il déclaré.
Les médias américains relient toutefois l’opération aux menaces iraniennes visant Donald Trump depuis la mort du général Qassem Soleimani, tué en janvier 2020. Durant la campagne présidentielle de 2024, son équipe de campagne avait déjà été avisée par le renseignement d’intentions hostiles iraniennes, conduisant par moments à l’usage stratégique d’avions leurres où le candidat se déplaçait dans un jet privé masqué tandis que son avion habituel servait de diversion. Ce contexte sécuritaire s’est intensifié avec la reprise des frappes américaines en Iran.