Cérémonie de signature du Traité de défense mutuelle à La Mecque, les 7 et 8 août 2026.
En vertu de ce traité, toute attaque visant l’un des trois pays serait considérée comme une attaque contre toutes les parties. Le pays attaqué demanderait alors l’assistance et le soutien nécessaires aux membres de la coalition. Ce soutien pourrait comprendre le partage de renseignements, un appui logistique, des munitions, voire le déploiement d’unités militaires, selon les circonstances.
Cela témoigne d’une évolution dans la perception qu’ont les pays de la région de la fiabilité des garanties de sécurité extérieures. Pendant longtemps, la plupart des États du Golfe ont fortement dépendu des États-Unis. Ils ont acheté d’importantes quantités d’armements américains, autorisé l’armée américaine à utiliser des bases dans la région et entretenu des liens étroits avec Washington en matière de défense, d’économie et de stratégie. Pendant des décennies, ce modèle a porté ses fruits.
Cependant, les crises successives de ces dernières années, notamment le conflit israélo-américain et l’extension du conflit iranien à travers le Golfe, ont exacerbé le sentiment d’insécurité. Les tirs de missiles, les frappes de drones et les menaces contre les infrastructures énergétiques et les voies maritimes démontrent que les pays de la région peuvent devenir des cibles directes, même s’ils ne participent pas activement au conflit.
Au fil du temps, les États du Golfe ont pris conscience que la sécurité ne peut être importée de l’extérieur, mais doit être construite au sein même de la région. Dans ce contexte, la signature du Traité de défense mutuelle de La Mecque vise à instaurer un nouveau mécanisme de sécurité régional. Ce traité réunit trois puissances sunnites aux atouts distincts. L’Arabie saoudite est un géant énergétique et l’un des pays les plus riches du monde ; la Turquie possède la deuxième armée la plus importante de l’OTAN et une base militaro -industrielle redoutable ; et le Pakistan est le seul pays musulman doté de l’arme nucléaire et d’une armée très expérimentée.
L’émergence de l’Accord de défense mutuelle de La Mecque suscite de nombreuses spéculations quant à la possible formation d’une nouvelle alliance militaire entre nations musulmanes sunnites au Moyen-Orient. Toutefois, d’après son contenu publié, l’Accord de La Mecque ne constitue pas un bloc militaire créé pour vaincre un adversaire particulier, mais plutôt une coalition suffisamment influente pour empêcher toute entité, telle qu’Israël ou l’Iran, d’exercer une domination absolue au Moyen-Orient et dans la région du Golfe.
Par ailleurs, suite aux répercussions du conflit irano-américain, notamment avec l’Arabie saoudite, les pays de la région souhaitent une sécurité à plusieurs niveaux plutôt que de dépendre uniquement de la protection des États-Unis. Bien entendu, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ne cherchent pas à se substituer aux États-Unis. Ils renforcent simplement leurs capacités à défendre leurs propres intérêts dans des situations où Washington est incapable ou refuse d’intervenir.
Quant à son mécanisme opérationnel, le principe selon lequel une attaque armée contre un membre est considérée comme une attaque contre tous rappelle le mécanisme de défense collective de l’OTAN, ce qui explique pourquoi certains entrevoient l’émergence d’un modèle d’« OTAN islamique ». Cependant, d’après les analystes, l’Accord de défense mutuelle de La Mecque s’apparente davantage à un mécanisme d’assurance stratégique entre trois pays partageant des préoccupations sécuritaires communes qu’à une alliance militaire capable de fonctionner comme l’OTAN.
Contrairement à l’OTAN, l’alliance entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ne dispose ni de commandement conjoint, ni de système de défense aérienne intégré, ni de procédures opérationnelles unifiées, ni de base logistique commune, ni de mécanisme de déploiement des forces en cas d’urgence. À l’heure actuelle, les parties se sont seulement entendues sur la création de comités politiques et militaires réunissant les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, ainsi que les chefs militaires. Un secrétariat permanent, basé en Arabie saoudite, est prévu pour coordonner ce mécanisme de coopération. À l’avenir, les parties pourraient envisager de mener des exercices et des entraînements militaires conjoints, de procéder à des transferts de technologie et de partager des renseignements.
Avec un mécanisme de coopération aussi peu structuré, l’Accord de La Mecque ne peut jouer aucun rôle significatif dans la garantie de la sécurité régionale. De plus, il suscite des inquiétudes chez d’autres pays de la région, comme Israël et l’Iran. Tel-Aviv observe cette situation avec préoccupation, tandis que Téhéran, sans la critiquer ouvertement, a exprimé sa désapprobation.
Le nouvel accord de La Mecque n’est qu’un engagement sur le papier, et sa réalisation ne sera pas chose facile.
Source : https://cuuchienbinh.vn/nato-hoi-giao-hay-lien-minh-tren-giay-d44435.html