Dans la grotte de Maszycka, près de Cracovie, des scientifiques ont réexaminé des centaines de fragments osseux découverts à la fin du XIXe siècle puis dans les années 1960. Longtemps conservés au Musée archéologique de Cracovie, certains restes avaient même été confondus avec des ossements animaux. L’étude, publiée dans Scientific Reports, s’appuie sur une microscopie 3D à haute résolution permettant de distinguer précisément les marques laissées par des outils en pierre des altérations naturelles.

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Les résultats sont sans appel : environ 68 % des os humains portent des traces de découpe ou de fracturation caractéristiques d’une véritable activité de boucherie. Les crânes présentent des incisions profondes liées à l’enlèvement du cuir chevelu et des tissus du visage, et beaucoup ont été brisés intentionnellement pour accéder au cerveau.
Les os longs, comme les fémurs ou les humérus, ont été ouverts pour en extraire la moelle, une ressource particulièrement riche en lipides et en calories. Le traitement est identique à celui observé sur les carcasses animales retrouvées dans la même couche archéologique, ce qui indique une transformation alimentaire des corps peu après la mort.

Des fragments de crânes mis au jour dans la grotte de Maszycka ont conduit les chercheurs à envisager l’hypothèse de pratiques cannibales. © Dariusz Bobak, Thomas Terberger
Un cannibalisme probablement lié à la violence
Datés d’environ 18 000 ans, ces restes appartiennent à la culture magdalénienne, célèbre pour son art et ses outils sophistiqués, mais qui évoluait aussi dans un contexte de profondes mutations environnementales.
Contrairement à d’autres sites européens où des indices suggèrent un cannibalisme rituel, aucun aménagement symbolique n’a été observé à Maszycka : pas d’objets façonnés dans les os, pas de mise en scène particulière. Les fragments humains ont été jetés parmi les déchets alimentaires.
Pour les chercheurs, cette absence de dimension funéraire renforce l’hypothèse d’un « cannibalisme de guerre », lié à un épisode violent unique. Tous les restes semblent avoir été déposés au même moment, suggérant un événement bref mais intense plutôt qu’une pratique répétée.

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La question d’une famine a été envisagée, mais la présence d’ossements d’animaux, notamment d’antilopes, indique que les ressources alimentaires étaient disponibles. Les tensions entre groupes humains, dans un contexte d’expansion territoriale après le retrait des glaciers, pourraient donc avoir joué un rôle déterminant.
Quand les technologies modernes réinterrogent le passé
La grotte de Maszycka illustre la manière dont les outils scientifiques actuels renouvellent l’interprétation de collections anciennes. Ce n’est qu’avec l’imagerie 3D et les méthodes analytiques récentes qu’il a été possible d’identifier explicitement l’origine humaine des marques et d’écarter l’action de charognards ou de processus naturels.
Ce site compte désormais parmi plusieurs exemples européens attestant de pratiques semblables au Magdalénien, suggérant que ce comportement était peut-être plus répandu qu’on ne le pensait.
Ces découvertes esquissent un portrait plus nuancé des sociétés préhistoriques : capables de produire un art rupestre spectaculaire et des objets d’une grande finesse, elles pouvaient aussi recourir à des formes extrêmes de violence.
Loin de l’image idéalisée de communautés vivant en harmonie avec leur environnement, les premiers Européens apparaissent ainsi confrontés à des défis écologiques, territoriaux et sociaux dont les traces, parfois, se lisent encore dans les os.