Pendant plus de 30 ans, plus de 73 000 Norvégiens ont vu leur bol de lait passé au crible pour traquer le risque cardiovasculaire. Leurs habitudes révèlent un arbitrage moins évident qu’un simple pourcentage de matières grasses.
Sur les étagères du supermarché, le débat semble tranché : les laits allégés seraient forcément plus « light » donc meilleurs pour la ligne et pour le cœur. Pourtant, entre le lait entier ou écrémé meilleur pour le cœur, les messages se contredisent d’une étude à l’autre. Une vaste cohorte norvégienne publiée récemment relance la discussion en suggérant un avantage aux laits pauvres en graisses, mais l’histoire est un peu plus compliquée que cela.
Cette étude a suivi pendant plus de 30 ans plus de 73 000 adultes, âgés en moyenne de 41 ans au départ, et a comparé leur consommation de lait entier, demi-écrémé ou écrémé à la survenue de maladies cardiovasculaires, d’infarctus et de décès. Résultat : les grands consommateurs de lait entier semblent un peu plus exposés, ceux qui privilégient les versions allégées légèrement protégés, mais tout dépend aussi du reste de l’assiette et des aliments de remplacement.
Lait entier ou écrémé : ce que montre la grande étude sur le cœur
Selon la revue scientifique The American Journal of Clinical Nutrition, la cohorte norvégienne a suivi un peu plus de 73 000 personnes pendant plus de 30 ans. Un article de vulgarisation reprenant ces données rapporte qu’un apport élevé en lait entier serait associé à environ +22 % de mortalité toutes causes et +12 % de mortalité cardiovasculaire, alors que le lait écrémé serait lié à une baisse d’environ 11 % et 7 % respectivement.
Une analyse menée par le département américain de l’Agriculture (USDA) à partir de 29 283 adultes de l’étude NHANES, suivis en moyenne 8,3 ans et appariés au National Death Index, va dans le même sens. Par rapport au lait entier, le lait à 2 % de matières grasses montrait un risque de mortalité cardiaque de 0,73, et les laits à 1 % ou moins un risque de 0,67.
Lait entier, demi-écrémé, écrémé : ce qui change pour votre cœur
Concrètement, la différence entre les bouteilles se joue surtout sur les graisses. Les repères nutritionnels indiquent qu’un lait entier contient autour de 3,5 % de lipides, dont environ 2,4 % d’acides gras saturés, alors qu’un demi-écrémé tourne autour de 1,5 % (1 % saturés) et un écrémé reste sous 0,5 %, avec à peine 0,03 % d’acides gras saturés.
Ces graisses saturées augmentent le cholestérol LDL, souvent appelé « mauvais » cholestérol, qui favorise la formation de plaques dans les artères coronaires et la cardiopathie ischémique. Des travaux présentés par la plateforme d’information de la Mayo Clinic en 2024 rappellent toutefois que, pris isolément, les produits laitiers entiers semblent globalement neutres sur le risque d’infarctus, ce qui laisse penser que le contexte alimentaire global compte au moins autant que le pourcentage sur la brique.
Lait entier ou écrémé : comment choisir au supermarché
À Harvard, l’épidémiologiste Walter Willett, de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, rappelle que pour une portion de lait par jour, le niveau de gras compte assez peu face au reste du régime. Le vrai enjeu est de savoir par quoi l’on remplace le lait entier : par des boissons végétales non sucrées, des noix et des céréales complètes, ou au contraire par des biscuits, du pain blanc et des desserts lactés très sucrés.
En pratique, pour garder un cœur en forme sans se perdre devant le rayon frais, quelques repères simples peuvent guider le choix entre lait entier, demi-écrémé et écrémé :
Si vous avez un cholestérol élevé ou des antécédents cardiaques, privilégiez les laits demi-écrémés ou écrémés, non sucrés.
Si vous buvez environ une portion par jour et mangez globalement équilibré, choisissez surtout selon le goût et la tolérance digestive.
Pour les laits aromatisés, allégés ou sans lactose, regardez l’étiquette : c’est surtout le sucre ajouté et le taux de graisses qui comptent pour le cœur.