Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Brigitte Trégouët (Vendée) livre ce témoignage sur les cas de scorbut en France en tant que médecin généraliste :

« Comme d’autres médias, vous avez relayé la triste nouvelle du décès d’un enfant de 6 ans en Australie atteint du scorbut. Le titre parlait d’une « maladie ancienne devenue extrêmement rare ».

Mais le scorbut n’est pas une maladie du passé. Évidemment, il n’entraîne plus la mortalité massive qu’ont connue les grandes explorations maritimes. Les signes du scorbut du XXIe siècle sont plus discrets et surtout très peu spécifiques.

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« Quarante patients présentaient des taux de vitamine C bas »

Je suis médecin et avec deux internes, nous avons fait un « screening » dans notre patientèle pour déterminer les taux de vitamine C dans le cadre de leur thèse. Les symptômes étaient : peau sèche, fatigue, constipation (témoin de la faible alimentation en fruits), etc.

Sur une année, nous avons trouvé quarante personnes avec des taux de vitamine C bas, voire effondrés. Il ne s’agissait pas seulement de personnes en grande précarité se nourrissant de sandwichs, mais de personnes aux profils très variés, se nourrissant exclusivement de boîte de conserve par exemple, ou de féculents et de viande, sans jamais manger de crudités ni de fruits.

Nous avons été très étonnés de l’ampleur du phénomène puisque l’État français, depuis bien des années, nous incite à manger cinq fruits et légumes par jour.

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« Des cures de vitamine C indispensables »

L’examen sanguin permettant de mesurer la vitamine C n’est pas remboursé par la Sécurité sociale et ne se fait pas en pratique de routine, il se fait parfois lors d’hospitalisations. Nous supposons donc que des décès de personnes (en situation de précarité ou pas) sont en partie liés à un scorbut non diagnostiqué.

Pour ceux qui ne mangent jamais de fruits ni des légumes crus, il est indispensable de faire des cures de vitamine C une ou deux fois par an. On peut aussi prendre du vrai jus de fruits fait maison ou des salades de fruits faites maison, de la salade ou des tomates. Bref, les possibilités ne manquent pas.

Il est vraiment dommage que certains restent fatigués très longtemps juste par carence en vitamine C. »

Note de la rédaction

Une étude menée par des pédiatres français et publiée fin 2024 a recensé 888 cas de scorbut chez des enfants hospitalisés entre 2015 et 2023, avec une tendance à la hausse. En cause : le manque de vitamine C, que les auteurs imputaient à l’impact sur l’alimentation de la population française de l’inflation et de l’instabilité socio-économique. La vitamine C, rappelaient-ils, joue un rôle crucial dans la biosynthèse et le maintien du collagène, une protéine structurelle vitale pour l’intégrité de la peau, des vaisseaux sanguins, des os et d’autres tissus conjonctifs, et dans divers aspects de la réponse immunitaire.

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