Le grignotage en télétravail, « les patients m’en parlent régulièrement », souligne Maeva Zambon, nutritionniste exerçant à Paris (photo d’illustration).

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Le grignotage en télétravail, « les patients m’en parlent régulièrement », souligne Maeva Zambon, nutritionniste exerçant à Paris (photo d’illustration).

EN BREF • Octave, trentenaire, grignote sans cesse en télétravail.
• Maeva Zambon, nutritionniste, conseille de distinguer collation et grignotage, et de choisir des collations équilibrées.
• Elle suggère d’interroger ses sensations de faim et de s’hydrater pour mieux gérer les envies de grignoter.

« Je passe mon temps à manger absolument tout ce qu’il peut y avoir chez moi ! » Pour Octave*, 32 ans, chaque journée de télétravail ressemble à une guerre psychologique contre son placard. Au point d’énumérer une série de mesures drastiques mises en place ces dernières années.

« Boire des tisanes, ça occupe la bouche », commence-t-il auprès du HuffPost. « Faire ses courses le soir et pas sur le temps du midi », afin de ne pas dévorer dans l’après-midi l’équivalent d’une semaine de snacks. Ou encore opter pour des journées partielles de télétravail : « J’ai tendance à privilégier les jours où j’ai une réunion à l’extérieur », explique le Parisien.

Octave a bien tenté de grignoter des aliments plus sains, « tout ce qui est graines et fruits secs », notamment. « Mais il faut avouer que c’est un peu un échec, pas sûr que les cacahuètes salées entrent dans cette catégorie ! »

« Manger ce qui vous fait réellement plaisir »

Le cas d’Octave est loin d’être isolé chez les personnes qui ont la possibilité de faire du télétravail. « Les patients m’en parlent régulièrement », souligne Maeva Zambon, diététicienne et nutritionniste exerçant à Paris. Pour elle, la proximité de la cuisine et les horaires moins stricts qu’au bureau, avec « moins de temps clairement dédiés au repas », favorisent le grignotage.

Mais comment travailler depuis chez soi sans pour autant vider un paquet de biscuits ou de chips sans faim ni véritable envie ? Pas question de se priver à tout prix, recommande Maeva Zambon, qui encourage même manger « ce qui vous fait réellement plaisir ». « Cela peut être contre-productif de chercher à tout prix un aliment perçu comme “sain” : après avoir mangé la boîte de tomates cerises, vous irez peut-être quand même prendre des chips ! »

Pour Maeva Zambon, il est toutefois essentiel « de différencier la collation du grignotage ». « Une collation est construite : elle a un début, une fin, et on connaît sa composition. Ouvrir un paquet et faire des allers-retours dans la cuisine sans avoir précisément idée de ce qu’on a consommé s’apparente davantage à du grignotage. »

Optimiser la collation

L’idée est donc de privilégier l’option de la collation : un temps dédié, une quantité définie et un contenu satisfaisant. À partir de cette base, la nutritionniste a des conseils pour une prise alimentaire équilibrée.

Tout d’abord en complétant les apports du précédent repas. « Si vous avez rapidement mélangé une boîte de maïs avec des tomates pour le déjeuner, vous pouvez compléter avec des féculents : une tranche de pain, quelques cracottes ou galettes de riz », illustre Maeva Zambon. « À l’inverse, si vous avez mangé un plat de pâtes à la sauce tomate, il vous aura manqué des fibres et des protéines. Cela peut donc être un fruit et un yaourt, du fromage et quelques carottes, ou du houmous avec des tomates cerises. »

Pour augmenter l’impression de satiété de cette collation, « il peut être intéressant d’associer un aliment dense énergétiquement avec une autre qui représente plus de volume », poursuit la diététicienne. « Par exemple des amandes et un fruit, quelques cuillérées de muesli dans un yaourt, une poignée de chips avec une poignée de tomates cerises. »

Interroger sa faim

Dernier conseil de la spécialiste : interroger ses sensations. « Ai-je vraiment faim ou est-ce que j’essaie de compenser parce que je suis fatiguée, stressée ? », illustre-t-elle. « Parfois, l’envie de grignoter est surtout un besoin de faire une pause, d’un temps calme ou de faire le tour du quartier parce que je ne suis pas sortie de chez moi de toute la journée. »

Le manque d’eau peut aussi jouer des tours. « La faim et la soif sont parfois des sensations proches. À quand remonte mon dernier verre d’eau ou ma dernière boisson chaude ? », poursuit Maeva Zambon. « Si la faim est toujours là 30 minutes après que je me suis hydratée, alors je peux effectivement prendre une collation. »

Pour Octave, la solution serait de télétravailler plus loin de ses placards. « Mais il faudrait vivre dans un château où la cuisine est à l’autre bout ! » Locataire d’un studio, il n’a pas d’autre solution que de privilégier le travail au bureau. « Depuis qu’on est passé en flex office, nous n’avons plus le droit de manger à nos bureaux. C’est une restriction salvatrice ! »

*Le prénom a été modifié