Le centre éducatif de Pramont, à Granges (VS), fait face à de nombreux dysfonctionnements. Un document de justice révèle l’imagination et la dangerosité de certains prévenus. Alors que la sécurité a déjà été augmentée, le Conseil d’Etat songe désormais à reconstruire un nouveau bâtiment, a appris la RTS.
Le centre éducatif de Pramont abrite les jeunes condamnés de toute la Suisse romande. A l’intérieur de ses murs, la situation peut vite dégénérer. La semaine prochaine, un homme de 25 ans sera notamment jugé pour son comportement dans l’établissement.
Le prisonnier est accusé d’avoir cassé une pièce d’un frigo, dans la cuisine de la prison, avant d’asperger deux éducateurs de lait. Durant la même soirée, grâce à un briquet introduit illégalement dans sa cellule, le détenu aurait bouté le feu à son matelas puis tenté d’empêcher l’extinction de l’incendie.
Quelques mois plus tard, avec d’autres prisonniers, il aurait cassé du matériel et des infrastructures de sport. Pour compliquer l’intervention des gardiens, lui et ses acolytes ont, d’après l’acte d’accusation, rendu le sol glissant en y projetant de l’eau, du savon et des bris de vitre. Ils auraient aussi fabriqué des armes avec le manche en métal de raquettes de badminton.
Un an plus tard, le prévenu aurait utilisé une autre arme artisanale, fabriquée à l’aide d’une vis et d’une brosse à dents, signe que le jeune homme ne s’est pas assagi en prison.
82 plaintes depuis 2020
Ce cas n’est pas isolé. Depuis 2020, le centre éducatif pour mineurs et jeunes adultes a porté plainte 82 fois contre ses détenus. Au moins une vingtaine d’entre eux ont déjà été condamnés à nouveau. Le directeur de Pramont explique les difficultés par le profil des détenus – des jeunes qui ont commis des actes graves et souvent répétés – et par l’écart d’âges des prisonniers, qui ont entre 15 et 30 ans.
Le directeur tient toutefois à préciser que l’ambiance est aujourd’hui sereine et que le comportement du jeune jugé dans une semaine reste « exceptionnel ».
La prison a toutefois fait face à d’autres problèmes au fil des ans. En 2024, le centre éducatif avait défrayé la chronique quand dix détenus âgés de 17 à 24 ans avaient réussi à s’évader. Il s’agissait de la troisième évasion de l’année.
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Une grande enquête du Nouvelliste attribuait les dysfonctionnements à un bâtiment vétuste, constitué de simples cloisons en plâtre. Le quotidien pointait aussi du doigt des gardiens qui toléraient les cigarettes, les joints et donc les briquets, introduits par les fenêtres durant la nuit, lorsqu’un seul surveillant était en poste.
Nouveau bâtiment
Suite à cet incident, le canton du Valais avait annoncé prendre des mesures. Depuis, un deuxième surveillant travaille la nuit et la sécurité du bâtiment a été renforcée. Mais ces précautions sont insuffisantes pour l’Etat du Valais, qui songe à reconstruire un nouveau bâtiment. Un groupe de travail analyse en ce moment différents scénarios d’amélioration.
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Stéphane Ganzer veut présenter un projet au Conseil d’Etat d’ici cet été. Le ministre valaisan de la Justice devra trancher entre une rénovation et une reconstruction. Mais vu la vétusté du bâtiment, « un projet de construction d’un nouveau bâtiment apparaît comme la solution la plus appropriée », écrivent le directeur de Pramont et le chef du Service cantonal de l’application des peines et mesures, contactés par la RTS. Ils ajoutent que « cette nouvelle structure devrait voir le jour d’ici quelques années, un groupe de projet étant constitué à cet effet ».
Le Canton se dirige donc très probablement vers un centre éducatif neuf, mais également plus grand, car les 24 places actuelles ne suffisent pas à viser à la réinsertion des mineurs et jeunes adultes de toute la Suisse romande.
Romain Carrupt/edel