Le procès de la fille de l’ancien président d’Ouzbekistan s’est ouvert lundi devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, en son absence. Gulnara Karimova est accusée de blanchiment d’argent, gestion déloyale, corruption, et d’être à la tête d’une organisation criminelle, « l’Office ».

En préambule, les trois juges qui composent la Cour ont constaté l’absence de la principale prévenue (voir encadré), ainsi que de son co-accusé.

La Cour a énoncé les quatre possibilités (classement, suspension, jugement par défaut et ajournement à lundi prochain) qui s’ouvrent à elle suite à l’absence des deux prévenus, puis a entendu les avocats, qui ont enchaîné de longues plaidoiries. La Cour a finalement annoncé à la fin des débats qu’elle ne rendra sa décision que mardi, laissant le suspense entier.

Un ancien gérant de fortune de Lombard Odier

Sur le banc des accusés figurent également un ancien gérant de fortune de Lombard Odier, ainsi que la banque privée genevoise elle-même, poursuivis tous deux pour blanchiment d’argent. L’ancien bras droit de Gulnara Karimova, poursuivi notamment pour blanchiment d’argent aggravé, corruption et faux dans les titres, complète le tableau des co-accusés.

Les faits de blanchiment remonteraient à une période allant de 2005 à 2012. Dans le détail, il est reproché à Gulnara Karimova d’avoir fait ouvrir via des hommes de paille plus d’une trentaine de comptes en banque auprès d’établissements financiers suisses. Les fonds d’origine délictuelle, selon le Ministère public de la Confédération (MPC), auraient ensuite été transférés afin d’en faire perdre de vue l’origine criminelle. Leur montant se chiffrerait en centaine de millions de dollars et d’euros. Les fonds incriminés proviendraient notamment de pots-de-vin.

Pots-de-vin

Fille aînée de feu l’ancien dirigeant ouzbek Islam Karimov, qui a gouverné d’une main de fer l’Ouzbekistan pendant plus de 25 ans après la désintégration de l’Union soviétique, Gulnara Karimova, femme d’affaire, chanteuse et jetsetteuse à ses heures, purge actuellement une peine d’emprisonnement près de Tachkent. Celle que l’on surnommait la « princesse ouzbèke » a occupé des fonctions publiques, notamment en Suisse, où elle était la représentante permanente de l’Ouzbekistan auprès des Nations unies à Genève entre 2008 et 2013, mais également au sein du gouvernement ouzbek, où elle a occupé des postes de ministre.

Au vu de sa position haut placée dans le gouvernement ouzbek, Gulnara Karimova aurait exigé et reçu des pots-de-vin de sociétés de télécommunications en échange de l’accès au marché ouzbek, selon le MPC. Ce dernier lui reproche dès lors les chefs d’accusation de gestion déloyale et de corruption passive.

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Mécanismes d’organisation criminelle

La structure interne, le mode de fonctionnement et le système mis en place par son entourage (par exemple, la mise en place de pseudonymes dans les communications entre les différents membres) s’apparenteraient à des mécanismes d’organisation criminelle, nommée « l’Office ». Selon l’acte d’accusation, elle aurait déployé ses activités sur une longue période, à l’aide d’une structure complexe, en mettant en place des contrats fictifs pour donner une apparence légale aux fonds transférés.

La Suisse n’est pas le premier pays à juger l’Ouzbèke. Après la mort de son père en 2016, Gulnara Karimova a été poursuivie par les autorités de son pays pour des faits de corruption et condamnée en 2020 à 13 ans de prison.

Un gérant de fortune incriminé

Quant à la banque privée genevoise Lombard Odier, le MPC lui reproche d’avoir accueilli une partie des fonds déposés en Suisse. Ils auraient ainsi été versés sur un compte d’une société à la tête de laquelle l’on retrouve l’un des co-accusés, ancien bras droit de Gulnara Karimova.

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La banque n’aurait pas pris toutes les mesures d’organisation pour empêcher les actes de blanchiment: le MPC lui reproche des lacunes organisationnelles, à l’image de directives internes trop nombreuses et trop confuses. En outre, la banque n’aurait pas suffisamment contrôlé les activités de son gérant de fortune, qui a ouvert en toute connaissance de cause, des comptes au nom d’ayants droit économiques qui n’étaient pas les réels bénéficiaires des comptes.

Ce dernier aurait en effet ouvert entre 2008 et 2012 neuf comptes pour divers ayants droit ouzbeks, tout en sachant pertinemment que la seule bénéficiaire de ces comptes était Gulnara Karimova. Il aurait fait la connaissance des membres de « l’Office » en 2006 déjà.

Un mois de procès

Le MPC l’accuse également d’avoir su que les fonds avaient été transférés dans les comptes bancaires à des fins de blanchiment d’argent. Ces comptes affichant de faux ayants droit économiques représenteraient 90% de son portefeuille, pour un montant de 470 millions de francs. Selon le MPC, il aurait ainsi eu un intérêt personnel à l’ouverture et au maintien de ces relations bancaires.

Le procès doit durer un mois et le verdict est attendu fin mai.

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vic/boi avec ats