Le gouvernement suédois a dévoilé jeudi les détails des adaptations du système carcéral pour mener à bien son projet d’abaisser la responsabilité pénale des jeunes de 15 à 13 ans pour les infractions graves. Un projet vivement critiqué par la société civile, à moins d’un an des législatives.
Fin janvier, le gouvernement conservateur soutenu par l’extrême droite a annoncé ce projet de loi pour tenter d’endiguer la violence liée au crime organisé. Il sera introduit à titre temporaire pour une durée de cinq ans, dans un premier temps, et concerne, entre autres, des jeunes condamnés pour des meurtres ou des « explosions aggravées ».
Huit établissements pénitentiaires ont été chargés d’aménager des quartiers pour recevoir ces jeunes. Parmi ces établissements, trois doivent être prêts d’ici le 1er juillet, quand la réforme prendra effet.
Plusieurs chantiers de réformes sont en cours cette année et le gouvernement entend avancer rapidement avant la tenue des élections législatives le 13 septembre.
Une réponse punitive nouvelle
Concrètement, les enfants seront séparés des détenus adultes et enfermés dans leur cellule pendant 11 heures la nuit contre 14 pour les adultes, a précisé le ministre Gunnar Strömmer lors d’une conférence de presse. Ils seront scolarisés et auront en outre accès à leur propre cours de récréation, salle de sport et infirmerie.
Jusqu’à présent, les mineurs étaient pris en charge par des centres éducatifs fermés dont la vocation était de privilégier l’accompagnement et la réinsertion plutôt qu’une réponse strictement punitive. Mais ces centres se sont depuis transformés en « nids de recrutement » pour les réseaux criminels, selon leurs détracteurs.
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Des oppositions de toutes parts
Cette réforme est pourtant largement critiquée: la majorité des 126 autorités consultées pendant le processus de consultation ont émis un avis négatif. L’association des droits des enfants Bris estime qu’elle est « contre-productive, insuffisamment étudiée et contraire aux droits de l’enfant ». Elle rappelle que l’enfermement à un si jeune âge augmente le risque de récidives, et risque de favoriser le recrutement d’enfants encore plus jeunes par les réseaux.
Même l’administration pénitentiaire, chargée de mettre en oeuvre la réforme, a exprimé son opposition. Le syndicat Akademikerförbundet, regroupant principalement des professionnels travaillant dans le secteur social et public, a déploré la rapidité à laquelle ce changement a été réalisé.
« L’administration pénitentiaire ne disposera pas du temps nécessaire pour développer les compétences de son personnel en matière de travail avec des enfants, ni pour mettre en place un enseignement de haute qualité. Le personnel de l’administration pénitentiaire est formé pour travailler avec des adultes, et il faut des compétences tout à fait différentes pour réussir à travailler avec des enfants », a relevé un de ses responsables.
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afp/jop