Il suffit d’une barre de traction dans un parc, d’un sol plat et de sa propre masse corporelle pour commencer.Pas d’abonnement à une salle, pas de machines chromées, pas de charges à empiler.La callisthénie, du grec kallos (beauté) et sthenos (force), est en train de conquérir une nouvelle génération de sportifs qui cherchent à s’entraîner différemment.
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Pratique ancestrale, la callisthénie nous vient de la Grèce antique. Hérodote est le premier historien à avoir décrit des séances d’entraînement des soldats spartiates. Les athlètes olympiques, eux, avaient recours à des exercices au poids du corps pour développer leur endurance et leur puissance. Tractions, dips, pompes, squats, relevés de jambes : les mouvements fondamentaux n’ont quasiment pas changé en deux millénaires.
Ce qui a changé, en revanche, c’est le contexte. La discipline connaît un regain d’intérêt dans les années 2010, portée par les adeptes du street workout, ces entraînements spectaculaires pratiqués sur les barres des parcs urbains, avant qu’Instagram et TikTok n’accélèrent encore l’engouement ces dernières années.
Sylvain Noury, coach et enseignant de Movement Practice à Bordeaux, confirme à TF1info : « Je vois que ça revient à la mode. Je trouve ça vraiment chouette, parce que c’est une belle pratique. Ça pourrait s’apparenter à du street workout, mais la logique est un peu différente. C’est beaucoup moins compétitif, c’est plus orienté santé, santé esthétique ».
Une harmonie de mouvements
Ce qui distingue la callisthénie d’une simple séance de pompes matinales, c’est son approche globale du corps. « On travaille le bas du corps, le haut du corps, le poussé, le tiré, une harmonie de mouvements qui se complètent bien, fonctionnellement parlant, pour ne pas avoir de déséquilibre musculaire« , explique Sylvain Noury
La logique de progression est au cœur de la discipline. On ne charge pas une barre, on complexifie le mouvement. « On peut faire certains trucs à la maison, par exemple les petits basiques comme les squats, les pompes et le gainage. Et au fur et à mesure, on peut progresser vers des mouvements suspendus ». Une pompe classique devient une pompe sur une main, puis une pompe avec clap, puis un planche push-up. Une traction ordinaire évolue vers le muscle-up, une combinaison de traction et de dip et peut culminer dans le one arm pull-up, la traction à un seul bras.
Pour Sylvain Noury, c’est là que réside la magie : « Quand on commence à développer suffisamment de force, on devient assez léger, visuellement en tout cas. Et c’est vraiment ce truc-là qu’on essaie petit à petit de développer ». Quant aux athlètes que l’on voit défier la gravité sur les réseaux sociaux, le coach tempère : « Il ne faut pas croire que ça arrive du jour au lendemain. Ça met beaucoup de temps à acquérir ».
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Si on arrive à être assez régulier, en six mois déjà, on a quand même une progression de fouSylvain Noury, coach et enseignant Movement Practice, à Bordeaux
Plus qu’un sport spectaculaire, la callisthénie est une pratique profondément ancrée dans la longévité. Elle permet de travailler les muscles profonds et superficiels, la mobilité, la dextérité, et surtout la force, que Sylvain Noury décrit comme « le moteur indispensable de notre longévité ». Et de préciser : « La connexion neuromusculaire à haute intensité, c’est vraiment ce qui fait que notre système ne se détériore pas ». Or, avec l’âge, les fibres de force disparaissent naturellement. « Après 40 ans, ça commence déjà à chuter. Le fait de s’entraîner à la force, déjà avant de la développer, ralentit cette migration des fibres. Si on s’entraîne assez, on peut en développer davantage. C’est ce qui nous permet d’être autonome toute la vie ». La callisthénie offre ainsi un muscle fonctionnel, adapté à ce que l’on propose à son corps, « parce que justement, c’est le corps qui sait ce qu’il lui faut ». Elle permet aussi de mobiliser plusieurs articulations simultanément et de développer la proprioception.
Le secret pour progresser ? La régularité et la patience. « Il faut vraiment trouver un point d’entrée pour chacun, parce que c’est vraiment accessible à n’importe qui ». Et les résultats ne se font pas attendre longtemps : « Si on arrive à être assez régulier, en six mois déjà, on a quand même une progression de fou. Et en un an, deux ans, on peut déjà arriver sur des mouvements costauds ». Mais pour démarrer dans les meilleures conditions, Sylvain Noury conseille de se lancer avec un coach ou au sein d’un groupe, afin de comprendre les fondamentaux et d’éviter les blessures liées à une mauvaise exécution.
Encore très masculin dans ses représentations, le milieu de la callisthénie n’en est pas moins ouvert à toutes et tous. « La callisthénie, c’est une vision vraiment plus large, où on englobe un peu plus de gens différents, en tout cas avec une ambiance vraiment différente, assure le coach bordelais. Je pense que les femmes sont vraiment les bienvenues dans ce genre de domaine ». Une question de temps et de visibilité, selon lui. Et de conclure : « Il ne faut pas avoir peur. On est là pour s’amuser, pour apprendre et être en groupe, ça change tout, parce qu’on rigole et on se voit tous progresser les uns les autres ».
Sabine BOUCHOUL
