Les auditions de juillet sur les rénovations de 2015 ouvrent une nouvelle phase de l’enquête. De nouveaux éléments pourraient conduire à d’autres inculpations.
Et si une partie de la tragédie du Constellation s’était jouée plusieurs années avant l’incendie ? C’est précisément ce que la justice valaisanne cherche désormais à déterminer. En juillet, les procureures ont mené une nouvelle série d’auditions consacrées aux rénovations de 2015.
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Elles ont entendu l’ancien président de la commune Jean-Claude Savoy, qui a reconnu « une responsabilité politique » dans l’incendie, l’ancien vice-président de Chermignon, qui présidait alors la Commission du feu, ainsi que l’ancien chargé de sécurité. Tous ont répondu aux questions des enquêteurs et disent coopérer avec la justice. Ces auditions pourraient déboucher sur de nouvelles inculpations, y compris au sein de l’État du Valais.
Un drame annoncé dès 2015 ?
Les magistrates cherchent à comprendre si certaines décisions prises lors des rénovations de 2015 ont pu être à l’origine du drame qui a coûté la vie à 41 personnes et fait 115 blessés dans la nuit du réveillon à Crans-Montana. L’enquête ne se limite plus aux événements de cette nuit: les procureures remontent désormais toute la chaîne des décisions ayant précédé l’incendie: autorisations délivrées par la commune, transformations du bâtiment, contrôles effectués – ou non – et responsabilités des différents acteurs.
Au centre des investigations figurent les importants travaux réalisés dans le sous-sol de l’établissement. Alors qu’une véranda a bien fait l’objet d’un permis de construire, d’autres aménagements n’auraient jamais été soumis aux procédures habituelles. Les enquêteurs tentent désormais de déterminer pourquoi certaines installations n’ont jamais été contrôlées et si des défaillances administratives ont permis à des éléments potentiellement dangereux de rester en place comme la mousse acoustique inflammable.
L’attention se porte aussi sur les voies d’évacuation. Plusieurs questions demeurent sans réponse sur l’utilisation – ou l’absence d’utilisation – des issues de secours lors de l’incendie. Des inspections réalisées après les rénovations avaient pourtant relevé plusieurs points à corriger, notamment un revêtement en bois combustible. Pourquoi ces exigences n’ont-elles jamais été mises en œuvre ?
Jusqu’à 20 ans de prison ferme
L’enquête vise aujourd’hui quinze personnes, parmi lesquelles les gérants du Constellation, d’anciens élus, des responsables communaux et plusieurs employés de l’administration. Si les infractions actuellement retenues reposent principalement sur la négligence, la situation judiciaire des gérants pourrait encore évoluer.
De nouveaux éléments versés au dossier interrogent sur ce que les responsables de l’établissement savaient réellement avant le drame. Des échanges de messages, des vidéos et plusieurs expertises sont désormais au cœur des investigations. Si les procureures estiment que certains risques étaient connus avant l’incendie, la qualification pénale pourrait être revue, faisant passer la peine encourue de quatre ans et demi à vingt ans de prison.
Dans notre reportage, Fabiano Citroni, journaliste du Pôle Enquête, décrypte les principales zones d’ombre de ce dossier et les derniers développements de l’instruction.
Florise Vaubien