Le magazine de consommation ABE célèbre son jubilé le 3 mars avec une édition spéciale qui retrace l’évolution des habitudes de consommation en Suisse et propose un grand test participatif destiné à mesurer la présence de pesticides dans nos organismes.

Lancée en 1976, l’émission ABE (A bon entendeur) s’est rapidement imposée comme une référence pour les consommatrices et consommateurs de Suisse romande, avec un ADN axé sur les enquêtes, les tests comparatifs et les conseils permettant de faire des choix éclairés en matière de consommation., un domaine qui évolue constamment.

Pour son édition spéciale, l’équipe est revenue sur l’évolution des habitudes, des modes d’achat et des choix alimentaires dans notre pays au fil de cinq décennies. Grâce à un nouvel outil intégrant de l’intelligence artificielle, la rédaction a pu analyser plus de 1900 émissions et mettre en perspective les grandes tendances qui ont marqué cette période.

A l’occasion de ce jubilé, ABE a aussi mené un grand test participatif auprès de 54 téléspectatrices et téléspectateurs. Pour aborder la question sensible des pesticides, l’émission a fait analyser les cheveux d’une cinquantaine de volontaires afin d’identifier les substances présentes dans leur organisme. Les résultats montrent que chacun est exposé à ces substances.

>> Ecouter aussi l’interview d’Isabelle Moncada dans Forum : A bon entendeur, l’émission qui défend les consommateurs, fête ses 50ans : interview d’Isabelle Moncada / Forum / 7 min. / aujourd’hui à 18:12 Des archives qui montrent que les problèmes d’hier ressemblent à ceux d’aujourd’hui

L’une des thématiques qui a le plus occupé l’émission est l’alimentation. En revisionnant les archives, un constat s’impose: les problèmes dénoncés dès 1976 n’ont pas pris une ride. En 1977, on s’indignait déjà du non‑respect des saisons. L’animatrice Catherine Wahli y expliquait ne plus être tout à fait sûre d’être à l’approche de Noël. « Voilà ce que nous avons trouvé samedi sur le marché  », s’étonnait‑elle en présentant… des cerises.

L’émission a également multiplié les mises en garde sur les dérives de l’industrie alimentaire, dénonçant notamment l’élevage du saumon, nourri « avec des croquettes de synthèse » auxquelles on ajoute un colorant pour obtenir « une belle couleur rose ». Elle s’est aussi intéressée aux normes exigées par la distribution à des produits du quotidien, comme la taille des pommes, et a pointé des emballages jugés trompeurs, parfois « à moitié pleins, quand ce n’est pas simplement un tiers  ».

A la même époque, ABE a déjà réalisé des dégustations à l’aveugle, avec parfois des résultats surprenants. Lors d’un test de flans, seules « deux personnes sur dix reconnaissent et préfèrent le flan maison », s’étonne Catherine Wahli, qui y voyait un avertissement: « le goût des bonnes choses ne doit pas se perdre ».

Moins de viande, plus de variété, mais trop d’ultra‑transformés

En cinquante ans, l’évolution la plus marquante concerne surtout la sécurité alimentaire, souligne Linda Bapst, chimiste cantonale valaisanne. Selon elle, le risque de tomber sur une denrée impropre ou contaminée est désormais « beaucoup plus faible », grâce aux contrôles, à la professionnalisation des métiers et au renforcement des pratiques d’hygiène.

Par rapport à 1976 notre consommation a évolué: nous mangeons moins de viande et buvons moins de lait, mais un peu plus de poisson, de céréales, de légumes et de fruits. Pourtant, moins de 20% de la population atteint les recommandations quotidiennes, rappelle la médecin nutritionniste Eléonore Villet, qui alerte aussi sur la place croissante des produits ultra‑transformés. Ces plats, trop sucrés, salés et gras, représentent près d’un tiers de notre apport énergétique, alors que selon les recommandations, ils devraient « rester sous les 10% », souligne Eléonore Villet.

Adaptation web: Miroslav Mares