Chips, chocolat, sodas… La consommation excessive de ces produits peut devenir une habitude, avec des conséquences néfastes sur la santé. Et si un jeu vidéo pouvait nous aider à résister à la tentation? C’est ce que propose une équipe de neuroscientifiques de l’Université de Fribourg qui a lancé l’application Bewe Coaching, ou comment réduire ses envies et impulsions alimentaires en jouant.

Se tourner régulièrement vers des aliments très sucrés, très salés ou très gras peut devenir un réflexe, voire une addiction. Difficile alors de garder le contrôle et il devient presque impossible de s’en détacher. Or, ces mauvaises habitudes alimentaires peuvent entraîner des conséquences néfastes sur la santé.

Une solution improbable

Une équipe de neuroscientifiques de l’Université de Fribourg a développé un jeu en ligne sous forme d’application, Bewe Coaching. Son fonctionnement est simple: on choisit une catégorie d’aliments, puis on sélectionne entre 3 et 5 produits qu’on souhaite moins consommer. Ensuite, le jeu commence: il faut appuyer rapidement sur les fruits ou les légumes qui apparaissent sur l’écran, tout en évitant de toucher les images des aliments malsains. A noter que le module « sodas » est gratuit, mais pour les autres catégories d’aliments, il faut débourser 5 francs.

Selon les essais cliniques, en jouant quelques minutes par jour, les envies et la consommation diminueraient d’environ 25 % après cinq jours. Les effets seraient durables sur plusieurs mois.

Réduction du système de récompense du cerveau

Comment est-ce possible? « Notre application réduit la réactivité du système de récompense du cerveau face aux aliments problématiques. Moins de réactivité signifie moins d’envies et donc moins de consommation », explique Lucas Spierer, professeur de neurosciences à la section de médecine de l’Université de Fribourg et co-fondateur de la start-up Bewe, qui a créé l’application, dans l’émission On en parle du 4 mars 2026.

« Le mécanisme d’action est très simple: le jeu crée un conflit entre notre tendance naturelle à attraper ce qui nous attire, donc ces aliments malsains, et les règles du jeu, qui nous demandent au contraire de rejeter ces aliments. Le cerveau n’aime pas les conflits, car cela lui demande de l’énergie. Pour résoudre ce conflit, comme on ne peut pas changer les règles du jeu – on les a acceptées au début – le cerveau va réduire progressivement l’envie », précise Lucas Spierer.

Le système de récompense du cerveau, le nerf du problème

« Le système de récompense du cerveau est un petit tas de neurones qui fonctionnent à la dopamine. Il s’active quand il détecte de la nourriture énergétique, par exemple du gras ou du sucre. Ce système est apparu pour s’assurer que notre organisme ait assez de carburant pour survivre », explique le chercheur.

« À la préhistoire, le sucre et le gras étaient difficiles à trouver dans la nature. Il fallait donc un système de récompense réactif, qui donnait une forte motivation pour aller chercher ces aliments », poursuit Lucas Spierer. « Le problème est qu’aujourd’hui, les aliments riches sont disponibles partout. Le système de récompense s’active en permanence au supermarché ou au restaurant. »

Sujet radio: Marie Tschumi

Adaptation web: Myriam Semaani