Michel Peiry, condamné à la prison à vie en 1989, souhaitait bénéficier d’un allègement de peine. Mais pour le Tribunal fédéral, il présente un risque de récidive très élevé en cas de sortie du cadre carcéral.
Michel Peiry ne pourra pas bénéficier d’un congé accompagné. Le Tribunal fédéral le confirme en dernière instance ce mercredi dans un arrêt rendu public à midi. Aux yeux de la Cour suprême helvétique, le sadique de Romont, considéré comme l’un des plus grands criminels du pays, « présente un risque de récidive très élevé en cas de sortie du cadre carcéral ».
Michel Peiry, âgé de 67 ans, a été arrêté en 1987 et condamné à la réclusion à vie en 1989. Le Tribunal du district de l’Entremont (VS) l’a condamné pour de multiples assassinats, tentative d’assassinat, vol, contrainte, séquestration et enlèvement, attentat à la pudeur avec violence ainsi qu’attentat à la pudeur des enfants.
Libération conditionnelle refusée
En 2002 et en 2009, la justice examine la question de sa libération conditionnelle mais refuse de la lui accorder. Elle estime alors que le risque de récidive est trop important.
En 2023, le condamné sollicite un allègement de peine sous la forme de sorties accompagnées. Plusieurs spécialistes et magistrats rejettent cette demande et il décide alors de porter l’affaire devant le Tribunal fédéral.
« Il serait confronté à ses pulsions »
Pour appuyer sa demande, Michel Peiry s’appuie principalement sur un rapport établi par son thérapeute. Mais les juges, eux, se fondent sur les résultats d’une expertise dont ils qualifient les résultats de « clairs, complets, objectifs et étayés scientifiquement ».
Selon l’expert, Michel Peiry présente « une faible probabilité de commettre des infractions dans le cadre pénitentiaire, ce dernier réduisant les facteurs stressants et désécurisants de nature à lui faire commettre de nouvelles infractions ».
Cependant, « en cas d’allègement de son cadre pénitentiaire, le condamné serait à nouveau confronté à ses pulsions sans disposer de stratégie pour minimiser les risques de commission de nouvelles infractions ».
Sortie avec des policiers armés?
Pour les juges, même si Michel Peiry se trouve en détention depuis le 1er mai 1987, soit depuis près de quarante ans, « il présente un risque de récidive très élevé en cas de sortie du cadre carcéral, faute d’avoir remédié à ses facteurs de risque et en particulier d’avoir affronté sérieusement au cours d’une psychothérapie ses dispositions comportementales engendrant un risque de viol, torture et assassinat de mineurs en série ».
Il n’est ainsi pas question d’un congé non accompagné ou accompagné d’un seul agent de détention.
Le Tribunal fédéral exclut également une sortie accompagnée de plusieurs agents de détention ou de policiers armés. Pour lui, « il n’existe à ce jour pas de perspective concrète que Michel Peiry puisse à terme réintégrer la société sans risque pour autrui ». Dit autrement, il n’est pas question de mobiliser de nombreuses ressources policières pour un détenu représentant, aujourd’hui, un tel risque pour la société.
Possibilité de congé pas exclue
Michel Peiry est-il donc condamné à finir ses jours en prison sans pouvoir bénéficier d’une sortie ne serait-ce que de quelques heures? Dans leur arrêt, les cinq juges de la Cour suprême n’excluent pas une possibilité de congé accompagné.
Ils rappellent que le condamné « bénéficie d’une thérapie en détention ». Voici ce qu’ils précisent: « Il revient à Michel Peiry de comprendre le mécanisme intellectuel qui l’a mené à commettre des crimes abjects et de préciser clairement l’étendue de ceux-ci, puis de développer des stratégies efficaces pour réduire sa dangerosité hors du cadre carcéral. Ce n’est qu’une fois ces étapes primordiales franchies, et après la réalisation d’une nouvelle évaluation de son risque de récidive par un expert concluant validement à une réduction suffisante de ce risque, que l’octroi d’un congé accompagné pourra être envisagé. »
Michel Peiry peut donc garder un espoir, ne serait-ce que minime, d’obtenir un congé après près de quarante ans derrière les barreaux.
Fabiano Citroni, Pôle enquête RTS