Nous savons déjà que les fibres sont bonnes pour nous. Elles favorisent une bonne santé digestive, agissent sur le niveau de cholestérol, permettent de réguler la glycémie et, sur le long terme, de prévenir certaines maladies.
Un grand nombre d’études suggèrent par ailleurs que consommer des fibres le matin influerait sur le fonctionnement de notre corps et ce même des heures après.
Par exemple, un essai randomisé, mené en 2026, a montré que les adultes suivant un régime contrôlé de perte de poids et consommant un petit-déjeuner riche en fibres, observaient une amélioration de leur santé intestinale. Ils perdaient également plus de poids que ceux qui consommaient un petit-déjeuner riche en protéines avec des œufs et du bacon.
Ces études, entre autres, montrent l’existence de ce que Mia Syn, diététicienne américaine originaire de Caroline du Sud, appelle un « début de journée métabolique ». Un petit-déjeuner riche en fibres contribuerait ainsi à un apport constant en énergie et à une meilleure digestion du matin au soir.
Mais ce n’est pas tout, intervient Jennifer Lee. Cette scientifique travaille au sein du Centre Jean Mayer, à l’université Tufts de Boston. Elle explique que les fibres peuvent également éviter les sensations de fatigue et de faim qui accompagnent souvent les pics et les baisses de glycémie après avoir consommé un repas riche en glucides et pauvre en fibres.
De plus, en consommant plus de fibres le matin, on augmente nos chances de récolter tous les bienfaits liés à une plus grande consommation de fibres. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande de consommer au moins 25 grammes de fibres par jour. Un seuil que 83 % des Français ne dépassent pas : les hommes en consomment environ 20,1 grammes et les femmes 17,7 grammes. Nous pourrions donc tous tirer parti d’un petit-déjeuner riche en fibres.
L’un des rôles les plus importants que jouent les fibres consiste à ralentir l’entrée du sucre dans le sang, d’autant plus lorsque l’on mange des glucides raffinés le matin (pain blanc, céréales sucrées). Après un tel petit-déjeuner, on observe souvent un pic de glycémie, suivi d’une baisse soudaine. Un schéma qui, selon Jennifer Lee, pourrait donner des envies de grignoter et une surconsommation plus tard dans la journée.
Les fibres interviennent dans ce processus, car elles « se dissolvent dans l’eau et forment une substance gélatineuse dans l’intestin qui ralentit l’entrée du sucre dans le sang », explique Monica Kelly, diététicienne au centre médical Montefiore situé à New York.
L’heure à laquelle on consomme des fibres est importante, car le corps a tendance à traiter les glucides plus efficacement tôt dans la journée. Yasi Ansari, diététicienne et spécialiste en diététique sportive, explique qu’il s’agit là d’une influence du cycle circadien sur le métabolisme et sur la sensibilité à l’insuline.
En d’autres termes, « commencer sa journée avec plus de fibres peut aider à modérer le taux de sucre dans le sang en modifiant le traitement du glucose par le corps pour le reste de la journée », déclare Mindy Haar, diététicienne nutritionniste et titulaire de la chaire du département de sciences médicales interdisciplinaires de l’institut de technologie de New York.
Des taux de glycémie stables se traduisent souvent par des niveaux d’énergie plus constants. « Comme les fibres assurent une entrée graduelle du sucre dans le sang, l’apport en énergie demeure constant et vous évite les coups de mou de milieu de journée », explique Monica Kelly. « Imaginez cela comme un système à libération progressive. »
La manière avec laquelle les fibres ralentissent la digestion influence également les niveaux d’énergie. « En digérant les repas plus lentement, on a tendance à se sentir plus énergique grâce à une absorption plus étalée des nutriments et une diminution des fluctuations de la glycémie », explique Yasi Ansari.
Ce ralentissement de la digestion peut également aider à contrôler sainement son poids en conservant la nourriture plus longtemps dans le système. Cela « accroît la sensation de satiété », affirme Christopher Gardner, directeur des études en nutrition du Centre de recherche de prévention de Stanford, en Californie.
Les études scientifiques corroborent cette affirmation, démontrant que manger plus de fibres au petit-déjeuner entraîne une augmentation significative de la sensation de satiété et une réduction des calories consommées tout au long de la journée.
Cela ne rend pas seulement les personnes moins susceptibles de trop manger lors des repas, mais c’est également l’une des raisons pour lesquelles « on a moins tendance à trop grignoter dans la journée », ajoute Mia Syn.
Mais Jennifer Lee déclare que les fibres peuvent influencer l’appétit d’une autre manière : par le microbiote intestinal.
En effet, lorsque certaines variétés de fibres parviennent au côlon, les bactéries intestinales saines les décomposent, ce qui entraîne la formation de substances connues sous le nom d’« acides gras volatils ». « Ces composés agissent comme des messagers chimiques qui signalent la satiété au cerveau », explique Monica Kelly. « Et lorsque cela se produit tôt dans votre premier repas, cela aide à donner le ton pour le reste de la journée. »
Les fibres jouent également un rôle central dans l’organisation du microbiome, de nombreuses autres façons. En effet, les fibres constituent la principale source d’énergie de millions de bactéries saines de l’intestin. « Un microbiome prospère grâce à une variété de fibres », ajoute Mindy Haar.
En plus de signaler la satiété au cerveau, la fermentation des fibres produit des acides gras volatils qui soutiennent aussi les fonctions immunitaires, le contrôle des inflammations et la santé métabolique. Autant de processus qui aident à maintenir un bon équilibre intestinal, améliorent l’absorption des nutriments, renforcent les défenses immunitaires et aident à la digestion.
Mais, là encore, l’heure à laquelle on consomme des fibres peut aider. « Inclure des aliments riches en fibres régulièrement, à commencer par le petit-déjeuner, aide ces communautés microbiennes dès le début », déclare Mindy Haar.
Les bienfaits des fibres vont également au-delà de ces effets à court terme. Les experts ont établi un lien entre un apport plus élevé en fibres et un risque diminué de développer plusieurs maladies chroniques. Parmi elles, on retrouve les maladies cardiaques, le diabète de type 2 et les maladies inflammatoires, comme le syndrome métabolique, l’hypertension, l’obésité et même le cancer colorectal.
« Un régime riche en fibres ne préviendra ni n’allègera le diabète, les maladies cardiaques ou certains cancers chez tous les patients, mais il réduira sans doute le risque pour un grand nombre d’entre elles », affirme Mindy Haar.