Avocate des accusés, depuis le début de sa carrière à Genève en 1999, Yaël Hayat n’a reculé devant aucune affaire, même les plus sordides. Au micro de Forum jeudi soir, elle explique que « tout le monde a le droit d’être défendu, y compris le diable ».
Meurtriers, assassins, violeurs, fraudeurs… : ceux qui commettent l’irréparable, parfois sans scrupules et sans regrets, peuvent compter sur elle. La pénaliste Yaël Hayat préfère en effet sonder les tréfonds, les ombres et les failles de l’être humain en rendant audible la voix de ceux que la société ne veut pas entendre, plutôt que de défendre les victimes.
En l’espace de trente ans, elle s’est emparée d’innombrables affaires judiciaires, dont certaines très médiatisées. On se souvient notamment du jeune meurtrier des Charmilles, de l’assassinat du vieil armurier genevois, de l’affaire Pierre Maudet, de l’islamologue Tariq Ramadan, de Claude D. ou encore, tout récemment, du drame de Crans-Montana, dans le cadre duquel elle défend la patronne du bar Le Constellation Jessica Moretti.
Un parcours remarqué
C’est d’abord au travers de la littérature que la jeune Yaël Hayat se passionne pour les affaires et les erreurs judiciaires. Forte de ses talents d’oratrice, elle s’illustre au cours de ses études de droit dans plusieurs concours d’éloquence. Elle sera d’ailleurs, par la suite, la première femme à présider le concours d’art oratoire Michel Nançoz.
En parallèle de son travail d’avocate, Yaël Hayat se bat aussi depuis le début de sa carrière pour les conditions de vie des détenus. Elle s’est ainsi engagée pour davantage de mise en liberté provisoire, pour des prisons plus dignes et moins peuplées, en vue d’une meilleure réinsertion. Elle a aussi défendu le droit des détenus très âgés à mourir chez eux et s’est positionnée contre l’internement à vie.
Au micro de Forum, l’avocate assure n’avoir jamais démarché de clients. « Ce n’est jamais l’avocat qui va vers une cause », c’est plutôt l’inverse, dit-elle. « On vient à nous. On nous confie son sort et, parfois, on doit renoncer, mais on essaie d’être toujours à la hauteur ».
« Il s’agit de liberté, de détention, de défendre envers et contre tout », souligne-t-elle.
« Une question de droits, pas de morale »
Pour Yaël Hayat, tout le monde mérite d’être défendu. « La défense n’a rien à voir avec la morale. Être avocat pénaliste, c’est rétablir un équilibre, jamais une question de morale (…) mais de droits avant tout », estime-t-elle.
Derrière l’acte, il faut chercher la signature humaine, essayer de comprendre ce qui a entraîné la survenance du crime
Yaël Hayat, avocate pénaliste
Tout l’enjeu est de comprendre, poursuit-elle. « Derrière l’acte, il faut chercher la signature humaine, essayer de comprendre ce qui a entraîné la survenance du crime. »
« Défendre, ce n’est pas excuser, mais comprendre », résume l’avocate.
Et de préciser que cette compréhension permet de présenter les faits « devant l’instance de jugement de la façon la plus présentable, c’est-à-dire avec une humanité ».
« Le diable doit être défendu »
Parfois critiquée ou cible de lettres de haine, Yaël Hayat dit être touchée par les émotions que suscitent les affaires qu’elle défend, mais elle doit leur « résister ». « Il faut veiller à ce que cette émotion ne se dilue pas dans le lynchage, dans la diffamation et que l’on respecte avant tout des principes qui sont de plus en plus en péril », souligne-t-elle.
Or, son constat est que depuis une décennie, « l’émotion prend le dessus » alors que, rappelle-t-elle, « tant que les personnes ne sont pas jugées, elles sont innocentes ».
Et « tout le monde doit être défendu », soutient l’invitée de la RTS, « y compris le diable ».
Le crime participe à notre communauté
Yaël Hayat, avocate pénaliste
Yaël Hayat explique qu’être « l’avocate du diable », comme a parfois été surnommé Jacques Vergès, revient à « diaboliser » ceux qui sont défendus, à « les mettre au ban de la société et de les retrancher de leur caractère humain ». Or, selon elle, le rôle des avocats « est de ramener ces personnes dans la collectivité ». « Le crime participe à notre communauté », dit-elle. « Notre devoir est de restituer [les accusés] dans leur humanité », insiste encore l’avocate.
Enfin, Yaël Hayat indique que les victimes sont naturellement audibles, d’où l’importance, selon elle, de redonner de la voix aux accusés qui ont « une voix dissonante ».
« Le rôle de l’avocat est de pouvoir dire ce qui, parfois, ne peut pas être dit. Rendre dicible même l’indicible », conclut-elle.
Propos recueillis par Coraline Pauchard et Valentin Emery
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