Dans le drame du bar Le Constellation, l’absence de mise à l’enquête lors des rénovations de 2015 est au cœur des critiques. Cette décision implique un responsable clé de la commune de Crans-Montana. Ce même fonctionnaire communal a déjà été poursuivi par la justice pour lésions corporelles graves par négligence dans une autre affaire, montre une enquête de Mise au point.
Monsieur D* (nom connu de la rédaction) est responsable des autorisations de construire à Crans-Montana, dans la zone du Constellation. En 2015, il a autorisé le propriétaire du Constellation à mettre à l’enquête uniquement la véranda, et non l’ensemble des travaux intérieurs. Les travaux ont été présentés par le couple Moretti comme des transformations intérieures sans incidence majeure. Une pelleteuse est pourtant intervenue pour détruire des murs au sous-sol, modifier la largeur des escaliers et transformer des locaux de stockage de matériel en zone de bar agrandie.
Cette qualification de transformation mineure est contestée par plusieurs avocats des victimes. Cette qualification a conduit à l’époque à une procédure allégée, notamment en matière de prévention d’incendie pour le sous-sol, là où se trouvait la mousse dangereuse.
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Pas de mise à l’enquête pour le fumoir
En 2019, c’est également l’action de Monsieur D qui est critiquée. Lors d’une rare inspection incendie du Constellation, un collègue de Monsieur D a exigé du couple Moretti une mise à l’enquête pour le fumoir. Une exigence marquée noir sur blanc dans le rapport d’inspection de la commune. Le couple Moretti avait encore agrandi sans autorisation le sous-sol, transformant un local technique en zone fumeur, ajoutant ainsi du volume et des clients potentiels. Malgré cette remarque de l’expert incendie inscrite dans le rapport, Monsieur D n’a pas donné suite au dossier. Aucune mise à l’enquête n’a été déposée par le couple Moretti.
Selon une enquête de Mise au Point, ce même Monsieur D n’est pas inconnu de la justice. Il a été condamné en première instance pour lésions corporelles graves par négligence par le tribunal de Sierre. Ce jugement a été annulé en seconde instance par le tribunal cantonal. En août 2019, en marge du tournoi de golf de Crans-Montana, un homme est tombé dans un escalier, mal protégé par une barrière non conforme. L’homme alcoolisé était en train d’appeler ses parents pour le ramener en voiture. En reculant, il a percuté le rebord de la barrière et basculé en arrière. La victime est devenue paraplégique après l’accident.
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Crans-Montana : des contrôles anti-feu à la tête du client / Mise au point / 13 min. / hier à 20:10 Condamné puis acquitté en appel
Les faits se sont produits au cœur de Crans-Montana, dans une rue très fréquentée. La barrière était trop basse et ne correspondait pas aux normes. Un commerçant avait déjà signalé à la commune l’état délabré et dangereux de l’installation plusieurs mois plus tôt. Le courrier avait été envoyé au président de commune, qui l’avait transféré à Monsieur D, responsable du domaine construction du secteur. Monsieur D avait répondu à ce commerçant, sans que la barrière soit changée.
Monsieur D a été condamné pour lésions corporelles graves par négligence, le tribunal de première instance lui reprochant de ne pas s’être rendu sur place pour constater le danger. En appel, le Tribunal cantonal valaisan l’a toutefois acquitté, estimant que la barrière était sur fond privé, et que Monsieur D avait suivi la procédure et qu’il n’était pas certain qu’une intervention aurait pu éviter l’accident.
Avec le drame du Constellation, cette affaire supplémentaire interroge sur la responsabilité des autorités locales dans le contrôle et le suivi des risques dans les lieux publics. À noter que Monsieur D est toujours en poste. Il n’est, à ce stade, pas prévenu dans l’affaire de Crans-Montana. Contactées, les autorités communales n’ont pas souhaité donner suite à nos demandes d’interview.
>> Les précisions de François Ruchti dans Mise au point :
Crans-Montana : l’éclairage du journaliste / Mise au point / 3 min. / hier à 20:10
François Ruchti