La RTS s’est procuré la « feuille de motivation » de la Cour criminelle de Paris qui a condamné l’islamologue genevois Tariq Ramadan à 18 ans de prison pour viols. Ces douze pages sont accablantes.
C’est un verdict choc que la Cour criminelle de Paris a rendu le 25 mars à l’encontre de Tariq Ramadan. Dix-huit ans de prison pour viols sur trois femmes. Absent lors de son procès, l’islamologue a déjà annoncé qu’il comptait contester cette décision.
La RTS a pris connaissance de la « feuille de motivation » de la Cour, un document de douze pages expliquant pourquoi les juges ont prononcé une telle peine à l’encontre du prévenu.
La présidente de la Cour relève « l’extrême gravité des faits », des viols commis au préjudice de trois femmes, dont l’une « compte tenu de son handicap physique, était dans un état de grande vulnérabilité ».
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Selon la Cour, ces femmes qui ont été violées entre 2009 et 2016 considéraient Tariq Ramadan « comme un homme de foi et de savoir » et elles l’idéalisaient. Mais elles sont tombées de haut. « L’analyse des faits révèle dans le comportement de Tariq Ramadan une négation de l’altérité et une annihilation de leur humanité. »
Au moment des premiers faits, en octobre 2009, l’intellectuel « avait déjà perpétré un premier viol judiciairement établi », relèvent les magistrats, faisant référence au viol de la Suissesse Brigitte, « dans des circonstances similaires de violence, de brutalité et d’humiliations ».
« La certitude de sa toute-puissance »
Pour ces raisons, les juges parlent de « réitération d’un comportement criminel élaboré » sur lequel il ne s’est jamais interrogé. « Dans la certitude de sa toute-puissance, il s’est montré incapable de se remettre en cause et a projeté sur les autres, victimes, experts, enquêteurs, juges d’instructions, avocats des parties civiles, ses propres transgressions. »
Les juges évoquent même « une entreprise de destruction psychologique des plaignantes et un cyberharcèlement d’ampleur » mais aussi « un climat de terreur » qu’il a fait régner.
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Concernant les plaignantes, la Cour souligne notamment « le récit constant » de deux d’entre elles, Henda Ayari, qui a médiatisé son combat, et celle connue sous le nom de « Christelle ».
Menaces de mort
Les juges ne remettent pas non plus en cause les déclarations de la troisième plaignante, même si elle ne s’est pas présentée au procès. « Elle a détaillé (…) avoir été menacée d’égorgement par un individu non identifié qui l’attendait à la sortie d’un magasin à proximité de son domicile puis avoir reçu dans sa boîte aux lettres une lettre anonyme menaçant de la brûler et de tuer son fils. De telles menaces, même si les auteurs n’ont pas été identifiés, sont de nature à justifier (…) son absence à l’audience. »
Aucune preuve de complot
Dans leur « feuille de motivation », les juges écartent catégoriquement la thèse du complot souvent mise en avant par l’accusé. « Tariq Ramadan a fait valoir qu’il était victime d’un complot ourdi entre les parties civiles, d’anciennes maitresses, quelques journalistes et des idéologues d’obédience diverses. La preuve de ce complot n’a jamais été rapportée, les parties civiles ne se connaissant pas avant les faits et n’ayant élaboré aucun piège. »
Les juges vont plus loin: « L’audition à l’audience des experts privés mandatés par l’accusé et des témoins qu’il a fait citer a permis d’écarter cette thèse ».
Pour toutes ces raisons, la Cour criminelle de Paris a condamné Tariq Ramadan à 18 ans de prison.
Fabiano Citroni, Pôle enquête RTS