« Je suis crevée », « J’ai besoin de vacances ». Ces petites phrases
s’invitent partout, des open spaces aux groupes WhatsApp de
parents. Les Français dorment, mais se sentent vidés, au point que
des médecins parlent d’une véritable « épidémie de
fatigue » qui ne laisse aucune génération tranquille.
En France, nous dormons en moyenne 6 h 42, loin des huit heures
souvent recommandées. Près de la moitié des Français déclarent
aujourd’hui des troubles du sommeil, transformant
ce qui devrait rester un coup de mou passager en état quasi
permanent. Alors, qui paie réellement le prix de cette fatigue
généralisée ?
Une « épidémie de fatigue » bien réelle selon les médecins
Pour la neurologue et médecin du sommeil Mélanie Strauss, cette
lassitude n’a rien d’une lubie. « C’est vrai qu’il y a une tendance
générale à la dette de sommeil, explique le Dr Mélanie Strauss,
neurologue, psychiatre et médecin du sommeil. Les nombreuses
activités de la journée impactent nos quotidiens, l’utilisation
accrue des écrans bouleverse les rythmes du sommeil. Surtout, on a
aujourd’hui tendance à négliger le sommeil, vu comme un temps mort,
du temps perdu ». Elle décrit au Journal des Femmes des journées
surchargées qui grignotent la nuit, vue comme une simple variable
d’ajustement.
Selon
Santé publique France, près d’un Français sur deux dort mal,
avec difficultés d’endormissement, réveils nocturnes ou fatigue
persistante la journée. La somnolence toucherait environ un quart
de la population, davantage chez les jeunes adultes et les
personnes aux horaires décalés. Cette fatigue devient un phénomène
collectif, au point d’être désormais considérée comme un enjeu de
santé publique.

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Jeunes, actifs, seniors : quels Français sont les plus
concernés ?
Les 18-24 ans figurent parmi les plus fragilisés, entre études,
jobs, sorties et écrans jusque tard dans la nuit. Les enquêtes de
l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance montrent une
somnolence record dans cette tranche d’âge, avec des nuits souvent
inférieures à 7 heures. Les actifs de 30 à 59 ans, surtout les
hommes et les salariés en horaires extensibles, comptent aussi
beaucoup de « courts dormeurs » qui dorment 6 heures ou moins, mais
continuent à tout assumer.
Les inégalités sociales se lisent aussi la nuit : ouvriers,
employés, personnes en difficulté financière déclarent un
sommeil plus fragmenté et moins réparateur, en
métropole comme dans les DROM. À l’autre bout de la vie, les femmes
de 70 à 79 ans se plaignent fréquemment d’insomnie, sur fond de
douleurs, de solitude ou d’anxiété. Chez celles et ceux qui
souffrent déjà de troubles psychiques, les nuits se dérèglent
encore davantage, créant un cercle vicieux entre stress, déprime et
fatigue.
Quand le sommeil ne suffit plus :
repos, écrans et saison hivernale
Une autre piste éclaire cette impression d’être épuisé même
après une « bonne » nuit. « C’est normal, d’après Saundra
Dalton-Smith, une médecin américaine. Dans une vidéo devenue
virale, elle explique que ‘le sommeil et le repos ne sont pas la
même chose' », rappelle la journaliste Valentine Leboeuf sur
LCI. La spécialiste détaille : « On a tendance à confondre les
deux. On sous-estime le repos alors que le sommeil n’est qu’une
partie d’un ensemble beaucoup plus large. Ce n’est qu’un des sept
types de repos ». Mental, sensoriel, créatif, émotionnel, social,
spirituel… tous ne sont pas comblés par huit heures au lit.
Entre notifications, lumière bleue des écrans et pression à être
performant partout, les cerveaux restent en surchauffe, surtout en
hiver quand le manque de lumière dérègle l’horloge biologique. Pour
les médecins, réapprendre à respecter des horaires réguliers,
limiter les écrans le soir et s’accorder de vrais moments de
repos sans culpabiliser fait partie des rares
leviers pour freiner cette « épidémie de fatigue ».