En plein vote sur le budget de la Sécurité sociale et tous les sujets qui s’y rattachent, il faut admettre que personne ne l’avait vu venir. Le Rassemblement national, par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy, prépare une proposition de loi pour rouvrir les maisons closes. Selon lui, la pénalisation des clients a aggravé la situation des prostituées obligées de se cacher pour échapper aux sanctions pénales, ce qui les rend vulnérables.

Cette proposition mettrait fin à près de 80 ans d’interdiction des maisons closes en France. Ce qui est sûr, c’est que cette proposition de loi relance un débat presque éternel sur le travail du sexe, son encadrement, ses dérives et toute la part sombre qui l’entoure, entre proxénétisme, trafic d’êtres humains, emploi de mineurs et trafics de drogue.

Autorisées pendant 142 ans

En 1804, une loi napoléonienne donnait une existence légale aux maisons de débauche. Ces établissements étaient chargés de cacher les prostituées derrière des portes closes pour préserver la morale. Allant de l’établissement clinquant au véritable « claque » de seconde zone, ces « lupanars » (en référence à la Rome Antique où les prostituées étaient surnommées les « lupas », les louves, pour leur activité nocturne et sexuelle) étaient soumis à des contrôles médicaux pour limiter les maladies vénériennes. Mais ils étaient aussi vivement critiqués pour leur exploitation des femmes, qui pouvaient se voir infliger jusqu’à 70 « prestations » par jour, et leur lien avec le crime organisé.

Mais leur activité légale a pris fin en 1946 par la loi du 13 avril dite « Marthe Richard », conseillère municipale de Paris, et elle-même ancienne prostituée, qui profitera de la répression d’après-guerre contre les tenanciers, proche du régime de Vichy et des Nazis. Au total en 1.400 et 1.500 établissements dans tout l’Hexagone seront fermés.

Si Marthe Richard semblera regretter plus tard ces fermetures « pour la question sanitaire » des prostituées, les maisons « de tolérance » resteront interdites jusqu’à aujourd’hui.

Pénalisation des clients, pas des travailleurs et travailleuses du sexe

Mieux, la loi du 13 avril 2016 fait entrer dans le droit la pénalisation des clients de la prostitution avec l’interdiction de l’achat d’acte sexuel. Si les travailleurs et travailleuses du sexe majeurs ne sont pas directement concernés, les clients eux encourent une amende allant de 1.500 euros à 100.000 euros en fonction de la gravité de leur acte (tenant compte de la récurrence, de l’abus d’autorité exercé, etc.) et jusqu’à sept années d’emprisonnement.

Idem pour les proxénètes qui risquent une amende de 150.000 euros à 1,5 million d’euros et de 7 à 10 ans de prison. Aujourd’hui, le tenancier d’un lieu de prostitution clandestin pourrait également se voir infliger 750.000 euros d’amende et 10 ans de prison.

Le modèle des « coopératives »

Précision importante toutefois, la proposition de Jean-Philippe Tanguy n’entend pas réautoriser les maisons closes telles qu’elles existaient avant 1946. Le député de 39 ans ne veut pas que les travailleurs ou travailleuses du sexe soient sous l’autorité de proxénètes, mais œuvrent dans des coopératives. « Les prostituées seraient impératrices en leur royaume », comme « une forme de revanche » sur leur marginalité actuelle, indique-t-il. Cette initiative, si elle a peu de chance d’avoir un écho favorable chez les conservateurs, notamment catholiques, de son propre parti, pourrait le trouver chez certaines associations concernées.

Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes : entre 35.000 et 40.000 personnes se trouvaient en 2024 en situation de prostitution en France, dont 1.579 sont victimes de proxénétisme (et parmi elles se trouvent 659 mineurs).