Ils sont dans presque toutes les cuisines. Pratiques, rapides, rassurants parfois. On les glisse dans un sac, on les réchauffe en quelques minutes et on les sert aux enfants sans trop y penser. Et si certains produits du quotidien, installés depuis des années dans nos placards, avaient un impact beaucoup plus profond qu’on ne l’imagine sur notre santé ? Une nouvelle étude américaine, publiée dans The American Journal of Medicine, vient relancer le débat.

Une analyse nationale sur près de 4 800 adultes

Pour explorer ce lien, les chercheurs ont utilisé les données de la grande enquête nationale américaine NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey), qui recueille régulièrement des informations détaillées sur la santé et l’alimentation des Américains.

L’étude a porté sur 4 787 adultes âgés de 18 ans et plus, interrogés entre 2021 et 2023. Les participants ont décrit précisément ce qu’ils avaient consommé sur deux jours. À partir de ces données, les chercheurs ont calculé la proportion de calories provenant d’aliments ultra-transformés (AUT) pour chaque personne, grâce à un système de classification alimentaire validé.

Les aliments ultra-transformés sont des produits industriels riches en sucres, graisses, amidons raffinés, sel et additifs tels que les sodas, la charcuterie ou encore les biscuits. Aux États-Unis, ils représentent aujourd’hui environ 60 % des apports caloriques des adultes et jusqu’à 70 % chez les enfants.

Les participants ont ensuite été répartis en quatre groupes, du plus faible au plus fort consommateur d’AUT. Les chercheurs ont comparé ces niveaux à la présence déclarée d’antécédents d’infarctus ou d’AVC, en tenant compte de facteurs comme l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le tabagisme et le niveau de revenu.


Les aliments ultra-transformés, omniprésents dans les régimes occidentaux, sont désormais liés à un risque cardiovasculaire plus élevé. L’étude américaine met en évidence une association significative avec les infarctus et les AVC. © Natalya Dobrovolska, Adobe Stock

+47 % de risque cardiovasculaire chez les plus gros consommateurs

Les personnes appartenant au quartile le plus élevé de consommation d’AUT présentaient un risque accru de 47 % d’avoir eu une maladie cardiovasculaire par rapport à celles du quartile le plus faible.

Ces conclusions s’inscrivent dans un corpus scientifique de plus en plus fourni. Une vaste étude française de la cohorte NutriNet-Santé, publiée en 2019 dans theBMJ, avait déjà montré qu’une augmentation de 10 % de la part d’aliments ultra-transformés était associée à un risque accru d’événements cardiovasculaires. 

D’autres travaux ont également relié ces produits au syndrome métabolique, à l’obésité, à la résistance à l’insuline et à des niveaux élevés de protéine C-réactive ultrasensible, un marqueur d’inflammation lié au risque d’infarctus et d’AVC.

Un enjeu de santé publique comparable au tabac ?

« La question dépasse largement la responsabilité individuelle ; il s’agit de créer des environnements où l’option saine est l’option la plus facile, a déclaré Hennekens, auteur principal de l’étude. Des recommandations cliniques et une éducation en santé publique sont nécessaires pour rendre les aliments nutritifs accessibles et abordables pour tous. »

Les chercheurs établissent un parallèle avec la lutte contre le tabagisme : comme pour le tabac au siècle dernier, il pourrait falloir des années pour que les risques soient pleinement intégrés par le grand public et traduits en politiques efficaces.

La Dre Allison H. Ferris, co-auteure de l’étude, ajoute : « La sensibilisation est la première étape vers la prévention. La consommation croissante d’aliments ultra-transformés pourrait contribuer non seulement aux maladies cardiovasculaires, mais aussi à d’autres pathologies gastro-intestinales. »

En attendant d’éventuels essais cliniques randomisés de grande ampleur, les chercheurs recommandent aux professionnels de santé d’encourager leurs patients à réduire la part d’AUT dans leur alimentation. Remettre au centre des produits bruts, simples et peu transformés pourrait être un levier concret pour protéger le cœur.